Walter (Wadi) Keiser : une courte biographie

Pendant soixante ans, le nom de Wadi Keiser a été intimement lié à l’ETI, à l’AIIC et à la profession d’interprète de conférence.


Buchs, 1er octobre 1924 – Genève, 14 juillet 2008. Vice-président de l’AIIC : 1955-1959; Président : 1969-1971. A : allemand, français, B : anglais, C : italien.


Diplômé de l’École d’interprètes de Genève en 1948, puis licencié ès sciences politiques en 1952, Wadi Keiser entame, à la fin des années quarante, une longue carrière d’interprète de conférence. Avant même la création de l’AIIC, il s’intéresse à l’organisation de sa profession, au sein de l’Association d’Interprètes et de Traducteurs, groupement d’anciens élèves de l’ETI de Genève, dont il est président de 1951 à 1957.

Lorsque l’AIIC est créée en 1953, Wadi Keiser y adhère et d’entrée de jeu, s’intéresse de près à la vie de l’Association. Élu vice-président à l’Assemblée de 1955, il est appelé à siéger au sein du Comité tripartite chargé d’essayer de réaliser l’unité de la profession. Il s’y emploie avec d’autres interprètes de Paris, Londres et Genève, , et leurs efforts débouchent sur le « gentlemen’s agreement ». À la même époque, il fait partie du premier Jury d’honneur, aux côtés de Constantin Andronikof et d’André Kaminker, président et président d’honneur de l’Association respectivement. Wadi évoque dans le détail cette période dans le chapitre qu’il a rédigé pour le présent ouvrage.*

Après ses débuts à Genève, de 1952 à 1954 Wadi Keiser poursuit sa carrière à Paris, recruté pour l’éphémère Comité intérimaire qui prépare la Communauté européenne de défense. Lorsque le projet de la CED est rejeté, il retourne pendant quelques années sur le marché free-lance suisse, avant d’intégrer en 1959 le service d’interprétation de la Communauté économique européenne à Bruxelles, dont il reste fonctionnaire jusqu’en 1971. Bien que ressortissant d’un pays non-membre de la CEE, une exception est faite en sa faveur, en raison de sa qualité professionnelle. Il a aussi pris une part active à la « grève » des fonctionnaires du Service interprétation, protestant contre l‘utilisation de certaines cabines dans les sous-sols du Berlaymont, dépourvues de sortie de secours.

À côté de l’interprétation et de ses activités au sein de l’AIIC, l’enseignement de l’interprétation sera une autre passion de Wadi Keiser. C’est pendant sa période de permanent à la CEE, à l’occasion d’une année sabbatique en 1967-1968, qu’il commence à enseigner, en tant que professeur invité à l’Université de Georgetown, aux États-Unis.

En 1971, Wadi quitte la fonction publique européenne et revient vivre en Suisse. De nouveau free-lance, il continue l’enseignement de l’interprétation, cette fois-ci à l’ETI (aujourd’hui FTI) de Genève, son alma mater. Il poursuivra cette activité jusqu’à sa retraite en 1990, et dirige le département d’interprétation de 1987 à 1990. 

Très tôt, Wadi s’intéresse à L’INTERPRETE, l’organe de l’Association d’Interprètes et de Traducteurs. Il en est le rédacteur en chef de 1949 à 1954 et de nouveau de 1961 à 1964. Jusqu’au lancement du Bulletin de l’AIIC, c’est la seule publication professionnelle en matière d’interprétation de conférence. Wadi restera fidèle à L’INTERPRETE et y publie d’innombrables articles consacrés à l’enseignement de l’interprétation et à l’histoire de la profession d’interprète de conférence. Il est en bonne compagnie : de nombreuses personnalités de premier plan dans le monde de l’interprétation, tels que Vernon Walters, Jean Herbert, André Kaminker, Constantin Andronikof, Danica Seleskovitch, Pat Longley, Jean-François Rozan, Lydia Kerr, Fred Pfloeschner et Gérard Ilg, y signent des contributions.

Parmi les nombreuses activités de Wadi Keiser tout au long d’une vie professionnelle bien remplie, il convient de citer aussi celle d’interprète-conseil et d’organisateur d’équipes d’interprètes pour des conférences aux quatre coins du monde. 

En 1992, Wadi Keiser est le premier lauréat du Prix Danica Seleskovitch, décerné par l’association du même nom à l’ESIT à Paris et que lui remet sa vieille amie Danica, en présence d’un grand nombre d’amis et de collègues.

Le 21 avril 1997, le Conseil de l’AIIC charge Claude Namy, ancien responsable du département d’interprétation à l’ETI et ancien chef interprète du GATT, de diriger la rédaction de l’histoire de l’Association. Il demande à un petit groupe d’amis de se joindre à lui : Marie-France Skuncke, Irène Testot-Ferry, Georges Lafrance et Wadi Keiser. Dernier survivant de ce groupe, Wadi apportera une contribution essentielle à cet ouvrage collectif.

En 2001, cependant, son cœur défendant, il devra interrompre ce travail pour s’occuper de l’Affaire Aeschimann, une triste histoire de détournement de fonds de pension de quelque 80 interprètes retraités. Dans la bataille qui s’en suit, Wadi se trouve aux avant-postes et pendant plusieurs années, il s’y consacre corps et âme. En grande partie grâce à ses efforts, en 2006 l’affaire s'est terminée par une indemnisation à hauteur de 70 % du capital.

Collègue chaleureux et fraternel, Wadi Keiser a été apprécié par des générations de collègues, parmi eux ceux de l’Allemagne. C’est ainsi que Hermann Kusterer, collègue de longue date de Wadi et ancien du Ministère allemand des Affaires étrangères, rend hommage à son ami dans le Bulletin de l’AIIC dans les termes suivants : « Tu as été un des principaux et même LE principal collègue qui, après la guerre nous a tendu la main, à nous qui appartenions à un peuple à juste titre mis au ban des nations. Si la famille internationale des interprètes a accepté de nous intégrer, c'est parce que tu avais ouvert la voie du pardon ».

Pendant soixante ans, le nom de Wadi Keiser a été intimement lié à l’ETI, à l’AIIC et à la profession d’interprète de conférence.

Vers la fin de sa vie, avec humour, il aimait se donner le qualificatif de « dinosaure de l’interprétation. »


* This article originally appeared in Naissance d'une profession les soixante premières années de l’Association Internationale des Interprètes de Conférence (AIIC). Please direct enquiries about purchasing a copy to info@e2fq.aiic.net



Recommended citation format:
Anne-Marie WIDLUND-FANTINI. "Walter (Wadi) Keiser : une courte biographie". aiic-usa.com April 22, 2018. Accessed July 16, 2018. <http://aiic-usa.com/p/8565>.